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19 avril 2006

Réunion d’Informations Syndicales LECTURE

avec Gérard Chauveau
Le 1er avril 2006, à Alençon, Gérard Chauveau est venu nous parler de sa conception de la lecture. Un débat intéressant, basé sur une pratique de chercheur toujours proche du terrain.
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La tribune
Gérad Chauveau à gauche accompagné de Laetitia Bourdot, élue SNUipp 61 et Daniel Labaquerre, représentant SNUipp national

Ce que l’on apprécie en tant que public enseignant chez ce chercheur à l’INRP et au CRESAS, c’est un langage simple et clair, qui s’appuie toujours sur une expérience de classe authentique. La franchise et le professionnalisme de notre orateur ont fait de cette réunion un pur moment de formation, dans le sens le plus noble et le plus concret. On en ressort avec des réponses à nos interrogations quotidiennes, une vraie bouffée d’oxygène à l’heure des polémiques et diverses proclamations dogmatiques qui ne font pas avancer le débat ni les connaissances sur la lecture.

Gérard Chauveau propose une définition de la lecture complexe, dépendante de l’intention du lecteur, un lecteur qui travaille simultanément quatre composantes qu’il détaille et articule :

Composante n°1 : LES CODES GRAPHO-PHONETIQUE & IDEOGRAPHIQUE

Composante n°2 : LE SAVOIR LIRE

Composante n°3 : LA PRODUCTION ECRITE

Composante n°4 : LA CULTURE ECRITE

Composante n°1 : LE CODE GRAPHO-PHONETIQUE

Aux 26 lettres de l’alphabet en français, Gérard Chauveau oppose une quarantaine de lettres-sons, unités de base. Par exemple, la lettre-son /u/ se prononce et s’écrit « ou ». La deuxième unité est la syllabe : par réaction automatique, on part du son pour écrire (ba : b-a), c’est un réflexe à faire acquérir, malgré les exceptions. A partir de cette compétence, l’enseignant doit développer une attitude probabiliste pour regarder la lettre suivante : on part de la lettre pour lire ; b-a se lit « ba » dans 85 % des cas et se décline en « ban », « bai » ou « bain » pour les 15 % restants. Il est nécessaire d’être explicite dans l’enseignement de la lecture. Mais l’art de la combinatoire ne se limite pas au modèle de syllabe écrite à deux lettres (consonne + voyelle). Une syllabe s’étend d’une à sept lettres (avion à treuil). Se méfier des pseudo-connaissances. Ne pas négliger cette première composante : elle représente 85 % des choses écrites en français.

LE CODE IDEOGRAPHIQUE

C’est la lettre que l’on puise dans l’alphabet, non pas pour la prononciation, mais pour assumer d’autres fonctions linguistiques : les lettres finales dans « enfant », « petit », « grand », « chaud »... C’est une lettre-sens et plus seulement le son, située à droite, à la fin des mots. Pédagogiquement, s’aider des mots de la même famille (enfant-enfantin ; petit-petitesse, grand-grandir, chaud-chaudière). Ce code peut être à l’origine de la désorientation des élèves, d’où refus, blocage, surtout si les méthodes syllabiques sont mal faites, avec des idées toutes faites. On peut opposer la lecture d’une phrase type (« Papa fume la pipe ») au mot « peinture » : un enfant qui tenterait de prononcer chaque lettre de l’alphabet mettrait le doigt sur un problème pédagogique, nul besoin d’orthophoniste. En somme, seule la présentation des choses en lecture peut permettre d’éviter cet écueil.

Composante n° 2 : LE SAVOIR LIRE

Il faut distinguer deux opérations :
- l’application du déchiffrage (ou décodage) : « pe » + « tit » = « petit »
- la recherche de sens : une exploration du texte et le repérage de groupes syntaxico-sémantiques, avec des questions du type : « De qui on parle ? / Où ça se passe ? / Que font-ils ?...

La méthode syllabique de jadis enseignait le code écrit mais pas ces deux opérations, d’où le besoin d’exercice. Chaque conception de la lecture et de son apprentissage aménage donc ces composantes.

Pour Gérard Chauveau, la lecture est intégrative (avec quatre apprentissages, les composantes citées ci-dessus) mais aussi langagière et culturelle, interactive. L’enfant traite une phrase, un texte, une histoire mis par écrit. Contrairement à l’avis de certains « chercheurs » (on devrait peut-être les appeler « trouveurs » non ?) uniquement centrés sur le mot, l’identification des mots, le décodage pur ne font pas la lecture.

Que se passe-t-il dans la tête de l’enfant lecteur ? L’exemple « Les petits ours jouent dans la neige. » 1)L’enfant se pose une question sur le contenu du texte du type « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? », il regarde le livre, sa couverture (en amont).Un enfant dyslexique ne se pose pas ce type de question. 2)L’enfant pratique une lecture silencieuse, pour soi. Il oralise intérieurement (c’est mental ou juste chuchoté) 3)L’enfant doit savoir redire à voix haute le contenu de l’histoire (C’est l’histoire de deux petits ours qui...)

Composante n° 3 : LA PRODUCTION ECRITE

Grand oublié par le passé, ce domaine est pourtant fondamental puisque l’on apprend aussi à lire en écrivant, malgré ce que peuvent dire quelques chercheurs. Ces chercheurs qui ne mettent jamais un pied dans une classe, ont une vision réduite des méthodes de lecture (lire, c’est déchiffrer) et sont donc abondamment cités par M. de Robien, lors de son séminaire, mi-mars 2006.. La méthode Freinet, dite « naturelle », a fait l’objet d’une étude d’André Inisan : sur 17 CP, à St Denis, dans les années 1970, c’est la meilleure méthode et également celle qui obtient les plus mauvais résultats. Conclusion : le problème n’est pas la méthode dont on se réclame, mais bien la mise en œuvre. Pour le travail de production d’écrit, la mise en œuvre est complexe ; Gérard Chauveau distingue cinq opérations :
- le travail langagier, linguistique de reformulation (en retirant la référence à l’oral comme « Ah euh le petit chat eh ben euh il a ... »).
- la mise en mots (l’ordre et le choix des mots)
- l’orthographe, qui requiert les deux codes décrits ci-dessus
- le contrôle de l’activité : les oublis, les retours pour une relecture ou une révision
- l’édition : recopier du cahier de brouillon sur le cahier de classe, une affiche...

Composante n° 4 : LA CULTURE ECRITE

Il ne faut pas séparer l’acte de lire de son support, de l’intention du lecteur qui a forcément un mobile. Par exemple, Myriam maîtrise le savoir lire dès février et sait résumer. A la question « Pourquoi tu lis cette histoire ? », elle répond : « Parce que j’aime les histoires et les animaux. » Les références, le bain de culture écrite est important pour arriver à ce résultat avec des élèves.

En conclusion, Gérard Chauveau montre que sa conception interactive de la lecture est une combinaison de deux actions : décoder et savoir expliquer ou questionner un texte. Cependant, pour lui, la compréhension doit être travaillée ailleurs que pendant la séance de lecture, afin de ne pas mettre en difficulté les élèves. La lecture à voix haute du maître lui semble une aide efficace. L’image qu’il emploie est celle d’un enfant à qui l’on demanderait de travailler sa jambe droite pendant six mois puis de passer à la gauche : la lecture doit reposer sur ses deux jambes et travailler décodage et sens simultanément, en interaction.

Pour des questions sur les difficultés de lecture d’élèves de fin de CP ou de cycle II, Gérard Chauveau nous renvoie à une étude de Roland Goigoux qui distingue 4 types de difficultés : les mauvais décodeurs, les mauvais explorateurs de texte, ceux qui ont une mauvaise conception de la lecture, et enfin ceux qui n’ont pas compris à quoi sert la lecture . Les mauvais explorateurs de texte sont ceux qui ont du mal à s’orienter de gauche à droite, à effectuer des retours en arrière, à remplir des textes à trous, même quand il n’y a qu’une phrase. Ceux qui ont une mauvaise conception de la lecture confondent lire et déchiffrer, pour 50% d’entre eux. Pas de compréhension, pour eux, lire c’est bien prononcer les mots et connaître ses lettres. Gérard Chauveau les appelle les déchiffreurs bornés. Il y a aussi les devineurs sans contrôle, qui vont à la pêche aux mots et inventent une histoire approximative à partir de ces mots déchiffrés. Ceux qui n’ont pas compris à quoi sert la lecture ne la ressentent que comme utilitariste : pour eux, les documentaires ou la littérature n’existent pas .

L’épreuve de M. Goigoux est passée en fin de CE1, sous la forme d’un texte de 5 à 6 lignes assorti de 4 questions. « Dans notre classe, nous venons d’accueillir un nouveau camarade. François lui demande de s’asseoir à côté de lui. « Comment t’appelles-tu ? » « Matteo »." A ce test, 30 % des enfants ne savent pas explorer ce texte : ils répondent que c’est François le nouveau.

 

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